
Drame 1h55, 2012
Après le festival de Cannes de cette année, on a pu lire dans un journal néerlandophone de (pseudo) qualité que Holy Motors avait été apprécié par défaut. Croyez-nous : cette idolâtrie ne doit rien à la morosité ambiante mais tout à la foi en un cinéma qui peut repousser toujours plus loin les limites.
Contrairement aux valeurs sûres de la Croisette que sont notamment Ken Loach, Christian Mungiu et Michael Haneke - repartis à la maison, eux, avec des prix -, Leos Carax a su épater dès son premier film, Pola X, en 1999. Plus fort encore : l'enfant terrible du cinéma français, 51 ans depuis, rejoint les grands du cinéma de par son magistral mindfuck.
Eprouver des possibilités absurdes : voilà le meilleur terreau pour le 7e Art. Michael Powell et Emeric Pressburger, le joli duo de réalisateurs, ont situé l'action de Black Narcissus dans un monastère de l'Himalaya, sans jamais avoir eux-mêmes quitté l'Angleterre. Stanley Kubrick a rendu l'espace palpable, avec 2001: A Space Odyssey. Quant au perfectionniste Christopher Nolan, il a créé la réalité dans la réalité dans la réalité avec Inception.
Carax ouvre de semblables registres. Mais opère, on s'y attendait, à sa manière très personnelle. Il a confié à Denis Lavant le rôle d'un riche homme d'affaires qui, le matin, part au travail, laissant derrière lui ses nombreux enfants et sa villa chic. Une fois dans sa limousine, c'est une journée bien remplie qui semble l'attendre. Première tâche : se déguiser en vieille femme et aller mendier dans les rues encombrées de Paris.
Ce qui suit - non, pas plus de précision à ce sujet -, suscitera plus d'un what the fuck, mais sans jamais virer au gimmick rigolo. En un seul film, Leos Carax nous guide à travers les genres, à travers les émotions et à travers les découvertes. Holy Motors est aussi bien une magistrale méditation sur (plus de) 100 ans de cinéma qu'une analyse bluffante de notre schizophrénie au 21e siècle. Le tout en compagnie de Kylie Minogue et d'Eva Mendes dans des rôles secondaires, incluant même une séquence d'accordéon qui vous fera rejoindre les rangs de la révolution la plus proche.
De l'aube à la nuit, quelques heures dans l'existence de Monsieur Oscar, un être qui voyage de vie en vie. Tour à tour grand patron, meurtrier, mendiante, créature monstrueuse, père de famille... M. Oscar semble jouer des rôles, plongeant en chacun tout entier - mais où sont les caméras ? Il est seul, uniquement accompagné de Céline, longue dame blonde aux commandes de l'immense machine qui le transporte dans Paris et autour. Tel un tueur consciencieux allant de gage en gage. À la poursuite de l
Date de sortie: 11/07/2012
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